Le Blog de Krol

  • : J'ai ouvert cet espace afin de pouvoir parler de la littérature adulte, les livres que j'aime, ceux que j'aime moins et ceux que je n'aime pas. Les livres pour les jeunes restant sur mon site "pédago", j'y ferai peu allusion. Je me permettrai aussi quelques billets d'humeur... Et j'espère pouvoir dialoguer ainsi avec tous ceux qui liront ces pages. Alors, merci de laisser plein de remarques...
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Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 11:35

neige fermine

 

Publié chez Arléa en 1999, c'est le premier roman de l'auteur, et pour ma part, ce ne sera pas le dernier !

 

 

 

A la fin du XIX ème siècle, au Japon, Yuko Akita décide de devenir poète, il écrira des haïkus en hommage à la neige. Pour approfondir sa technique, il se rend dans le sud du pays, pour rencontrer le maître Soseki. Nous sera alors contée l'histoire d'amour du maître. La femme de sa vie, la femme funambule, lui aura permis de parfaire son art et elle unira aussi les deux poètes… dans la mort et dans la vie.

 

C'est beau, c'est terriblement beau !

 

On reste sous le charme pendant toute la lecture du texte.

 

Poétique, sensible… On ne regarde plus la  neige avec le même œil… C'est une ode à la neige, à l'amour, le vrai, l'authentique, l'unique, à la poésie, à l'art. Un texte à lire et à relire !

 

Y a-t-il plus bel hommage à l'écriture que celui-ci :

 

"En vérité le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Ecrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une œuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie. Ecrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe."

 

C'est une nouvelle participation au challenge premier roman d'Anne.

 

premier roman logo

 

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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 13:56

kerguelen

 

Jolie découverte grâce au blog de Luocine qui en parle là.

 

C'est un premier roman (et hop un de plus pour le challenge d'Anne), édité dans une petite maison d'édition de La Rochelle spécialisée dans  les textes maritimes, La découvrance.

 

Pour un premier roman, quelle maîtrise de la narration ! L'histoire est prenante, pleine de suspense. Elle commence à Paris, le narrateur se rend à un concert, on y jouera Le premier Concerto pour violon de Chostakovitch. Cette musique évoque des souvenirs, une histoire qui est arrivée au narrateur 10 ans plus tôt, aux Kerguelen, lorsqu'il était lieutenant sur le Marion Dufresne… Et le roman se termine sur le même concert, la boucle est bouclée (un peu trop à mon goût mais bon… je ne vais pas faire la fine bouche).

 

Et plus que l'histoire, l'auteur a un très beau style, une belle écriture, fluide, fourmillant de belles images. Ensuite, il est nécessaire d'écouter le magnifique concerto de Chostakovitch !

 

 

Un extrait qui m'a donné envie d'en savoir plus sur le compositeur :

 

"Un soir de 1995, j'ai joué avec l'orchestre philharmonique de Saint-Pétesbourg la septième de Chostakovitch. Savez-vous ce que représente cette symphonie, Marec ? On dit que Chostakovitch l'a composée en juin 1941, alors que les Nazis franchissaient les frontières de l'Union Soviétique. On dit que c'est la symphonie qui parle le mieux des horreurs de la guerre."

 

D'autres :

 

"La guerre c'est un enfant qui meurt de faim en essayant de téter le sein de sa mère morte deux jours auparavant, et qu'on achève d'un coup de crosse bien place parce qu'on ne peut rien faire de mieux. C'est cela la guerre. Ni plus ni moins. On ne devient pas un homme en la faisant : on devient un monstre."

 

" Les cartes ... J'avais un mal fou à les ranger. Non par manque d'organisation, mais plutôt à cause d'un problème de distraction. J'aimais les parcourir comme on feuillette un livre d’images, et me promener sur le monde, libre de toute contrainte. Il me suffisait de tenir une carte dans les mains pour être irrésistiblement tenté d'en sortir une autre, et une autre encore. Je laissais mon imagination remonter les estuaires et se perdre dans les villes ou des forêts isolées, parcourir les mers à la recherche d'un port au nom familier pour avoir rêvé un jour d'y faire escale, traverser les océans à pas de géants ou à sauts de puce, en n'importe quelle saison, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Et je me sentais chez moi partout dans le monde. J'adorais déballer les cartes. Je détestais les ranger."

 

"Ils sont là et accordent leurs instruments au premier violon qui donne la note juste. C'est une musique de ruche. Le mouvement insensé de la foule où chacun vaque à ses occupations.

Le bruit diminue, les sons s'espacent. Quelques musiciens retardataires finissent de se préparer. Et le silence se fait. Un silence feutré, tiède, orangé."

 

Depuis la lecture de ce roman, je ne cesse d'écouter Chostakovitch et j'adore ! Ce livre aura eu le mérite de me faire découvrir un compositeur fabuleux !

 

premier roman logo

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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 09:41

desaccords imparfaits

Titre original : 9th and 13 th

 

 

Je venais à peine de terminer La pluie, avant qu'elle tombe, quand, de passage chez mon libraire favori (pour chercher un roman que j'avais commandé, je suis d'ailleurs ressortie avec 5 ouvrages ! cherchez l'erreur !), je me suis aperçue que venait de sortir le dernier livre de Jonathan Coe… En fait, je ne m'en suis pas aperçue toute seule, mon libraire m'y a aidée ! Grrrr !!!

 

C'est un recueil de 3 nouvelles et d'un article paru dans Les cahiers du cinéma dans lequel l'auteur exprime son admiration pour Billy Wilder. Bon, je ne raffole pas des nouvelles, mais de l'auteur, j'en raffole, alors, pas d'hésitation, le livre saute dans mes mains !

 

Première nouvelle : quelle surprise ! Je me retrouve en terrain connu, puisque je retrouve des personnages et des lieux de La pluie, avant qu'elle tombe. Cette nouvelle, racontée par le frère de Gill, évoque la photo numéro 15… Je sais bien que cela ne parlera qu'à ceux qui ont lu La pluie…, mais ce n'est pas grave, je n'en dirai pas davantage. Si ce n'est que j'ai été déçue ! Bah oui, Jonathan Coe soigne toujours ses fins de romans, mais là, la fin est attendue, pas de surprise. Après réflexion, je pense que ma déception tient au fait que j'ai adoré La pluie et que ce texte n'en est qu'un pâle reflet.

 

Deuxième nouvelle : elle a donné son nom au titre original du recueil. Jubilatoire. Là encore, on devine la fin, c'est une histoire assez convenue, mais ce n'est pas grave. La qualité du texte, la manière de raconter "la musique de tous les possibles" ont fait qu'un sourire niais n'a pas quitté mes lèvres durant la lecture de cette très brève nouvelle. C'est sans nul doute possible mon texte préféré.

 

Troisième nouvelle : elle laisse une étrange impression. Elle est intéressante, troublante, une expérience de traduction simultanée pas banale… Pas mal !

 

Et puis le texte qui relate la passion de Jonathan Coe pour un film La vie privée de Sherlock Holmes, de Billy Wilder. On assiste à toutes ses tentatives pour retrouver des scènes coupées. J'avoue que ça ne m'a pas passionnée.

 

Bilan plus que mitigé. Dans son introduction, l'auteur nous dit : "J'avais pensé l'intituler Toute la prose courte, mais c'eût été pousser la plaisanterie un peu loin. Car il ne m'est pas facile de faire court, justement. Ce qui m'attire, dans la fiction, c'est plutôt la complexité, le panorama, et chez moi, il est plus fréquent que des idées nées sous forme de nouvelles, comme La maison sans sommeil, prennent l'épaisseur d'un roman."

 

Et bien oui, il a raison, il excelle dans l'art du roman, dans la complexité, qu'il continue dans ce domaine où je le suivrai toujours. A bientôt Monsieur Coe pour un vrai gros roman bien dense !

 


 

 

 

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Samedi 10 mars 2012 6 10 /03 /Mars /2012 12:15

pluietombe

publié en 2009 chez gallimard

 

 

On peut prendre n'importe quel livre de certains auteurs, on est sûr de ne pas être déçu. Jonathan Coe fait partie de ceux-là.

 

Ce roman, très différent de ce que j'ai déjà lu de lui, est absolument bouleversant. On n'y retrouve pas l'humour habituel de l'auteur, il nous emmène plutôt sur un chemin plus grave, plus tragique mais tellement bien écrit !

 

Comme d'habitude, la construction du roman est parfaite, comme d'habitude, la fin est formidable. Comme d'habitude, j'ai été séduite.

 

Pas la peine de résumer l'histoire de ce roman, il a été maintes et maintes fois chroniqué sur les blogs, il est connu de tous.

 

J'enchaîne en ce moment les excellents romans… quel bonheur !

 

Oui, je sais mon billet est bref, mais la lecture fut intense. Et tout a déjà été dit dessus, je ne vais pas en rajouter une couche. Je me réserve pour le suivant... Le dernier Coe !


 

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Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 21:51

armoire robes-copie-1

 

Traduit du finnois par Claire Saint-Germain, 2012, édité chez Albin Michel

 

 

 

Certains livres sont plus difficiles à fermer que d'autres.

Comme il fut dur de le quitter celui-ci !

 

D'abord la couverture ! Sublime ! Et tellement douce au toucher ! A l'image des mots qu'elle renferme.

 

On pourrait résumer ce roman en évoquant le secret de famille. Mais c'est bien plus que cela.

 

La narration est excellente, l'auteur alterne les époques et les narrateurs, on voit ainsi vivre les personnages aujourd'hui à l'âge mûr, voire à l'heure de leur mort, et hier, quand ils étaient jeunes adultes ou enfant. On ne s'y perd pas, l'auteur nous prend par la main et nous emmène dans son univers avec délicatesse.

 

Riikka Pulkkinen a un indéniable talent pour décrire aussi bien les amours naissantes, que la fin de vie d'une femme atteinte d'un cancer et qui nous donne une leçon de vie incroyable, que l'impossible vie de couple, que l'incompréhension entre une mère et sa fille, que l'attachement d'une jeune fille au pair pour la fillette dont elle s'occupe…

 

Les mots sonnent justes, et trouvent un écho chez le lecteur (en tout cas, chez moi !), à plusieurs  reprises, je me suis dit : "c'est exactement comme cela qu'il fallait le dire !"

 

C'est un livre qui m'a bouleversée, mais duquel se dégage une douceur tranquille, point d'artifice, de grande tragédie, de grosses larmes tirées au lecteur (à la façon gros sabots Des petits mouchoirs…), tout est décrit avec finesse.

 

Et puis il y a d'excellents passages, comme celui où Anna et son grand-père inventent une vie aux passants qu'ils croisent. C'est frais, c'est amusant, c'est révélateur d'une grande complicité.

 

C'est un texte d'une beauté déconcertante. C'est aussi un magnifique voyage dans la Finlande des années 60.

 

A lire, si ce n'est déjà fait ! Allez hop, courez l'acheter, ou bien empruntez-le à la bibliothèque !

 

 

Quelques extraits :

 

"Il était parti au petit matin, avait marché sur la plage, regardé la mer, pensé que c'était le bonheur, que le bonheur ne pourrait jamais être davantage que ce sentiment d'étouffer et de ne plus pouvoir tenir dans ses limites." p 386

 

"J'ai disparu, j'ai été emportée dans l'invisibilité. Quand j'arrive à Helsinki, je ne suis plus qu'une rumeur, une histoire que quelqu'un racontera un jour." p 376

 

"Presque tous les romans comportent une histoire d'amour, la description de ses commencements. […] Moment où vous vous déprenez de vous-même et êtes tout à la fois effrayé et ravi. Vous comprenez qu'il n'y aura pas de retour, que tout a déjà fondamentalement changé. Vous comprenez que vous ne vous trouvez plus à l'endroit où vous croyiez être, mais déjà en route vers ailleurs." p 112

 

"Je suis celle qui dessinera le chagrin sur le visage de la petite. Je l'ignore encore, de même que j'ignore qu'elle s'en tirera. Moi, je m'en sortirai moins bien." p 101

 


 

 

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