Le Blog de Krol

  • : J'ai ouvert cet espace afin de pouvoir parler de la littérature adulte, les livres que j'aime, ceux que j'aime moins et ceux que je n'aime pas. Les livres pour les jeunes restant sur mon site "pédago", j'y ferai peu allusion. Je me permettrai aussi quelques billets d'humeur... Et j'espère pouvoir dialoguer ainsi avec tous ceux qui liront ces pages. Alors, merci de laisser plein de remarques...
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 09:36

siberie-copie-1.jpg

 

 

Tout a déjà été dit sur ce livre. Je ne peux rien ajouter d'original…

 

Par contre, j'ai envie de citer des passages ! Sylvain Tesson a une plume ! C'est ce qui fait tout l'intérêt de ce journal de bord. Raconté par quelqu'un d'autre, je pense qu'il aurait pu être d'un ennui mortel. Mais là, je me suis délectée de ses réflexions, de ses descriptions, de ses éblouissements, de ses doutes, de ses pointes d'humour…

 

Donc, des extraits :

 

"Je fais route vers le lieu de mes rêves. L'atmosphère est lugubre. Le froid a lâché ses cheveux dans le vent. Les filandres de neige fuient devant les roues. La tempête s'immisce dans l'interstice laissé entre le ciel et la glace. Je regarde la rive, essaie de ne pas penser que je vais vivre six mois dans ces forêts de requiem."

 

"Etrange ce besoin de transcendance. Pourquoi la foi en un Dieu extérieur à sa création ? Les craquements de la glace, la tendresse des mésanges et la puissance des montagnes m'exaltent davantage que l'idée de l'ordonnateur de ces manifestations. Elles me sont suffisantes. Si j'étais Dieu, je me serais atomisé en des milliards de facettes pour me tenir dans le cristal de la glace, l'aiguille du cèdre, la sueur des femmes, l'écaille de l'omble et les yeux du lynx. Plus exaltant que de flotter dans les espaces infinis en regardant de loin la planète bleue s'autodétruire."

 

"L'homme est un enfant capricieux qui croit que la Terre est sa chambre, les bêtes ses jouets, les arbres ses hochets."

 

"Lire compulsivement affranchit du souci de cheminer dans la forêt de la méditation à la recherche des clairières. Volume après volume, on ne contente de reconnaître la formulation de pensées dont on mûrissait l'intuition. La lecture se réduit à la découverte  de l'expression d'idées qui flottaient en soi ou bien se cantonne à la confection d'un tricot de correspondances entre les œuvres de centaines d'auteurs."

 

Ah si, j'ai envie de rajouter qu'aujourd'hui j'ai bien envie de connaître cette solitude-là, loin des hommes, de la civilisation, du bruit des villes, de ce monde dit civilisé et qui ne sait que générer de la misère. Mais pas dans le froid glacial de Sibérie !!! Et pourtant, j'ai bien conscience que ce froid, cette neige, cette glace ont eu un rôle primordial. Pourrait-on ressentir pareils sentiments dans le désert ?

 


 

 

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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 13:14

lecture otages

Actes sud/ Leméac 2012

 

 

Quatrième de couverture : Huit touristes étrangers sont pris en otages.  Après une importante mobilisation médiatique, l'attention de la presse internationale se détourne. Seule une ONG présente dans la région poursuit sa mission et parvient à introduire un minuscule enregistreur dans une boîte de premiers soins transmise aux otages.

L'opération réussie, les écoutes commencent. A des kilomètres de là, un casque sur les oreilles, un jeune homme mobilise toute son attention sur des voix qu'il ne comprend pas, une langue qu'il ne connaît pas. Ces gens semblent dire, raconter, faire preuve d'une sincérité troublante. Tous les soirs, à la même heure, l'un d'entre eux prend la parole.

 

 

 

Quand on prend dans les mains un livre de Yôko Ogawa, on sait qu'on va être surpris, qu'on va être emporté dans un monde où l'étrange côtoie le quotidien. Et tout ça grâce à une écriture toute douce, qui nous rassure et nous inquiète.

 

Et bien là encore, nous voilà embarqué dans huit histoires très différentes qui ont pour point commun d'être racontées par des personnes banales, des personnes qui vont mourir (ce qui donne à leur récit une intensité particulière), qui ont vécu un moment atypique, rompant leur quotidien l'espace d'un instant. Il n'est pas un récit qui m'a déçu. Pourquoi chaque personnage a-t-il choisi de raconter ce moment de sa vie et pas un autre ? Comme un testament offert à ses proches…

 

"Mais ils avaient fini par accepter car la mise en lumière de l'existence de cet enregistrement devait inscrire dans le monde la réalité de la vie des êtres qu'ils avaient aimés."

 

Bien sûr ce procédé m'a fait penser à Maupassant et ses contes dans lesquels chacun racontait un moment où il avait eu très peur. Mais ici, pas de drame, pas d'esbroufe, seulement des personnages qui se racontent, qui évoquent un moment de leur existence dans lequel ils ont franchi une barrière, leur barrière…

 

Et puis ces lectures seraient incomplètes, bancales, s'il n'y avait eu ce neuvième récit, qui clôt l'ensemble magnifiquement. Superbe construction !

 

"Quelque part dans un endroit lointain qui dépassait l'imagination, ces voix parvenant aux oreilles de quelqu'un qui ne comprenait même pas leur langue avaient tout d'une prière."

 

J'ai été sous le charme, une fois de plus.


 

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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 10:59

sommeil

 

 

 

Au milieu du concert de louanges, je vais faire office de vilain petit canard… Mais le plus difficile pour moi va être d'expliquer pourquoi je n'ai pas succombé, ou plus exactement, pourquoi ce livre n'a pas été un coup de cœur (parce que je l'ai trouvé pas mal quand même) !

 

Cécile Coulon écrit très bien, j'ai relevé de jolies choses comme :

 

"Ils n'étaient pas heureux. Ils voulaient juste avoir le temps de s'ennuyer, de regarder les plants de salade cuire au soleil sans devoir se lever pour aller les arroser. Petit à petit, ils s'éteignaient, semblables à des bougies dont la cire se consume."

 

Mais j'ai aussi relevé des images telles que celle-ci (que je trouve vraiment tirée par les cheveux ! Too much comme on dit !) :

 

"Sous son uniforme, une petite bedaine retombait sur sa braguette telles les babines d'un bouledogue à la retraite."

 

L'auteure a su créer une ambiance lourde, pesante, en peu de mots. On suit la chute inéluctable du personnage pas à pas… La question que pose le roman c'est la raison de cette descente aux enfers. Hérédité, caractère, poids des rencontres, événements, un peu tout ça…

L'opposition entre la beauté de la nature et la noirceur des personnages aurait dû générer chez moi un peu plus d'attrait que ça ne l'a fait. L'entrée dans le roman, intéressante, aurait dû m'accrocher davantage. Mais que m'est-il donc arrivée ?

 

Je crois que je n'ai pas réussi à être émue, j'ai eu l'impression de suivre les personnages de loin, en spectatrice extérieure, (très extérieure), je n'ai jamais ressenti d'empathie pour eux (mais a-t-on besoin de ça pour apprécier une fiction ?), je crois que je m'attendais à autre chose (mais à quoi ?) et à peine lu, je l'oublie déjà, les images s'éloignent rapidement, trop rapidement.

 

Peut-être ce roman est-il un peu court ? Manque-t-il de densité ? Ce ne sont que des interrogations… et je n'ai pas de réponse.

 

Conclusion : j'ai passé un bon moment de lecture, sans plus.

 

Chez Clara un avis beaucoup plus enthousiaste (je m'aperçois en mettant un lien vers son blog que nous citons le même passage... et je n'ai pas copié, mon livre était bien souligné à cet endroit !)


 

 

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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 09:44

fabrique-de-mots.jpg

Illustratrice : Valeria Docampo

 

Editeur : Alice jeunesse

 

 

 

Une fois n'est pas coutume, j'ai envie de vous présenter un album jeunesse, que j'ai lu dans ma classe, à des CP/CE 1.

 

C'est l'histoire d'un pays où l'on ne parle pas, on doit acheter les mots pour les prononcer. Et les mots coûtent cher… Tout le monde ne peut pas en acheter… Que fait-on alors quand on est un petit garçon pauvre et amoureux ?

 

C'est un album d'une poésie extraordinaire, c'est émouvant, c'est doux, c'est touchant. L'idée est belle, le texte est juste, le message d'amour est… (indicible).

 

J'ai adoré cet album. Il est à mettre entre toutes les mains des enfants et des adultes. C'est un album à offrir ! Pour que les enfants rêvent…

 

Et pour couronner le tout, les illustrations sont superbes !

 


 

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Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 20:37

veilleurs de chagrin

 

 

Le titre d'abord, tout simplement superbe ! L'image… celle de ces personnes qui exhument des cadavres jetés dans des charniers pour leur redonner une place parmi les leurs. "Les disparus ne seront plus condamnés à errer dans le chagrin de leurs proches. Ils reprendront leur place parmi eux, honorés dans leur mort qui pourra enfin être dite, pleurée, dépassée."

 

Ce livre est un gros coup de cœur ! Une écriture magistrale, d'une finesse extraordinaire, ou tout n'est que suggestion. C'est un roman qui se mérite, qui se relit, dont on s'imprègne, et qui nous transforme.

 

Le lecteur plonge au cœur de la souffrance de sa narratrice, une anthropologue qui va participer à la reconstitution des corps exhumés des fosses au Kosovo. Des fantômes de son passé, aux fantômes de ces corps qu'elle met à jour, il n'y a qu'un pas. Les uns lui rappellent les autres. Elle est partie au Kosovo pour fuir sa mère morte vivante, ses souvenirs douloureux, sa séparation difficile d'avec son mari, la mort de son père. Elle vit entourée de morts.

 

Si je devais comparer ce roman avec celui que j'ai lu juste avant, je ne dirai qu'une chose : celui-ci est émouvant, bouleversant parce que son écriture est juste, elle nous dévoile l'intime sans nous l'assener. J'ai lu des pages extraordinaires, subtiles, sur la maladie d'Alzheimer, sur la vieillesse, sur la mort.

 

Esther, la narratrice, se livre à un psychiatre qui lui laissera entrevoir la lumière au bout du tunnel, après avoir "creusé avec ma pioche, ma truelle, ma souffrance, ma peur, pour dégager cette forme indéterminée qui m'enferme ; je l'ai déchirée au scalpel. J'ai mal à moi, à eux, j'ai mal, mais ma bouche tremble du désir de vivre." Les paroles de ce psychiatre sont des perles posées le long du chemin, qui feront de cette exhumation, un collier d'espoir.

 

Ce n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains. On n'en sort pas indemne. Toute cette souffrance !!!

 

J'ai découvert une auteure. Je pense que je vais lire rapidement son premier roman Kosaburo, 1945.

 

Céleste du blog Livrogne a beaucoup aimé aussi.


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